jeudi 14 juin 2012

Lafontaine strikes again



Le Loup et le Chien

Un Loup n'avait que les os et la peau, 
Tant les chiens faisaient bonne garde. 
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau, 
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde. 
L'attaquer, le mettre en quartiers, 
Sire Loup l'eût fait volontiers ; 
Mais il fallait livrer bataille, 
Et le Mâtin était de taille 
A se défendre hardiment. 
Le Loup donc l'aborde humblement, 
Entre en propos, et lui fait compliment 
Sur son embonpoint, qu'il admire. 
"Il ne tiendra qu'à vous beau sire, 
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien. 
Quittez les bois, vous ferez bien : 
Vos pareils y sont misérables, 
Cancres, haires, et pauvres diables, 
Dont la condition est de mourir de faim. 
Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée : 
Tout à la pointe de l'épée. 
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. " 
Le Loup reprit : "Que me faudra-t-il faire ? 
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens 
Portants bâtons, et mendiants ; 
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire : 
Moyennant quoi votre salaire 
Sera force reliefs de toutes les façons : 
Os de poulets, os de pigeons, 
Sans parler de mainte caresse. " 
Le Loup déjà se forge une félicité 
Qui le fait pleurer de tendresse. 
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé. 
"Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose. 
- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché 
De ce que vous voyez est peut-être la cause. 
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas 
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ? 
- Il importe si bien, que de tous vos repas 
Je ne veux en aucune sorte, 
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. " 
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor. 


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On peut aimer ou pas Lafontaine...
Pour celle-là, j'suis du côté du loup.







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