lundi 11 novembre 2013

Croc-en-jambes : Les coquetteries masculines à travers le temps

Mark Twain (Source: The Mark Twain House
Mark Twain (Source: The Mark Twain House
Dans le cadre de Movember, une campagne de sensibilisation au cancer de la prostate en se faisant pousser une moustache, Éric Boulay fait le tour des modes moustachues à travers le temps.

mercredi 6 novembre 2013


10
Movember


P- Avec novembre vient le temps des moustaches.

E- Et l’occasion d’offrir un examen approfondi d’un sujet par ailleurs parfaitement superficiel.

À moins d’émerger d’une caverne,  chacun sait que novembre est désormais indissociable de Movember.
Et puis si vous avez été tenu en captivité depuis
10 ans, le sujet est susceptible de vous emballer puisque vous êtes sans doute en train de vous demander quoi faire de votre barbe. 

Movember est un mouvement qui nous vient d’Australie. Voici ce que nous apprend l’encyclopédie : 

« Constatant que les hommes sont moins attentifs à leur santé que les femmes et que les maladies masculines demeurent taboues, des Australiens invitent 30 hommes à se laisser pousser la moustache pendant 30 jours. Cette opération a pour but d'attirer l'attention sur les maladies masculines tel que le cancer de la prostate et de produire un financement pour la recherche médicale. »

Voilà un usage certes louable d’un phénomène autrement… encombrant.

P- Est-ce pour cela que vous affichez aujourd’hui un assemblage de poils nouvellement taillés?

E- Je ne suis pas en campagne de financement.
Et puis je me suis fait signaler par un movembriste certifié, Gaetan Benoit que le fait que les poils m’occupant le faciès sont antérieurs au premier novembre et par conséquent
ma candidature est irrecevable en vertu du protocole.

Je le dis pour ceux qui seraient tentés par l’aventure.
Il convient, pour rester dans les règles que toute forme de pilosité du visage soit rasée le jour du premier novembre.

Les jours et semaines qui suivent se veulent une forme de mortification. On laisse les gens s’informer de la saleté qui nous traîne sous le nez et on souffre silencieusement du picotement inévitable qu’amène la poussée de la dite moustache. Jusqu’à ce que la chenille devienne un papillon… de velours. (À moins qu'elle ne devienne qu'une chenille plus grosse...)

Et bien sûr au dernier jour de novembre après avoir annoncé les sommes recueillies, il convient d’abolir la trace hirsute pour le plus grand soulagement des donateurs charitables.

P- Mais alors, la question s’impose. Pourquoi tu te fais pousser… ça!

E- J’suis pas sûr. J’y réfléchis.
À première vue c’est sans importance.

Et à la deuxième vue aussi
                                    - tout compte fait

Toutefois, je ferai valoir que les choses inutiles sont les plus nécessaires. La preuve n’est plus à faire. L’humain après avoir satisfait le besoin de se nourrir, de respirer, de se protéger des éléments, de s’habiller, se reproduire... de se rhabiller ne fait que dans le superflu.



Dans sa pyramide des besoins, le psychologue 
Abraham Maslow place les besoins que je viens d’énumérer à la base. À l’étage viennent les besoins de sécurité; Un environnement stable et prévisible, sans anxiété, ni crise.
Puis en grimpant encore on trouve le besoin d’appartenance et d’amour..
Reprenons l’escalier. Encore plus haut. Se trouve le besoin d’estime, la confiance, et le respect de soi, 
la reconnaissance et l’appréciation des autres.

La somme de tous ces besoins satisfaits, le sommet 
de la pyramide est l’accomplissement de soi.
Vous voyez le rapport à la moustache?

P – Honnêtement? Non!

E- Et pourtant Abraham Maslow portait bien une moustache! J’ai vérifié.

Peut-être que pour mieux embrasser le sujet il faudrait je brosse un tableau plus large. Je vais donc inclure la barbe.

P- Où est ce que ça nous amène?

E- Aux origines du monde. Je suis remonté aux sources. La Genèse. Au début Dieu fit la lumière, puis il sépara les eaux du ciel, inventa la terre ferme, les végétaux, les astres, les poissons, puis les animaux et finalement les hommes à son image.

Au septième jour on dit qu’il se reposa.
Après une semaine pareille j’pense pas qu’il ait eu envie de se raser.

Chez les Grecs, c’est une cosmogonie complètement différente mais le résultat est le même. Zeus a une barbe. Des milliers d’années d’iconographie, nous le confirment.
Tant et si bien que j’me pose la question!
Aussi hérétique que ça puisse paraître…
Est-ce que la barbe serait venue AVANT le Créateur?

P- Silence consterné

E- Je laisse le soin aux théologiens et astrophysiciens d’y répondre.

Toujours est-il qu’on peut supposer que l’homme n’ait pu se raser avant l’invention de la pierre polie ou la bouteille cassée, ce que je déconseille vivement

Il faudra attendre les pharaons pour trouver une représentation de la barbichette.

Et puis Rome où tout à coup, le rasage impose son empire. Dès lors, la moustache est réservée aux barbares et autres résistants. Je sais- j’ai lu Astérix.

Puis vient Charlemagne à la barbe fleurie.

Et depuis… c’est la lutte. D’une part, la civilisation qui rase et taille -Tintin - et d’autre part, ceux qui font trembler le monde: les Ptolémée, Galilée, Marx, Darwin, Freud, Fidel Castro, et le capitaine Hadock!



Entre les deux, les moustaches—Tournesol.
Le cardinal Richelieu, les trois mousquetaires. 
La moustache d’Hitler que personne n’ose plus porter. Mais qui est aussi celle de Charlie Chaplin que personne ne peut remplacer. 
On peut remonter jusqu’à Lénine ou reculer jusqu’à Staline. Et pareil dans toutes les disciplines : Dali, Rodin, Victor Hugo, Mark Twain, Maupassant qui y consacra une nouvelle, et aussi Brahms, Brassens, Frank Zappa, Freddy Mercury.
Dans le sport les champions du baseball cette année sont les barbes de Boston. Au hockey qui ne se souvient de la moustache Lanny McDonald, l’homme dont personne n’a jamais vu la lèvre supérieure!


                                


Dans le sport les champions du baseball cette année sont les barbes de Boston. Au hockey qui ne se souvient de la moustache Lanny McDonald, l’homme dont personne n’a jamais vu la lèvre supérieure! Et puis Mark Spitz qui pris à Munich 7 fois l’or dans une discipline où tout les compétiteurs sont rasés de frais.

Pourquoi la moustache? Répondons comme l’alpiniste à qui on demande pourquoi il gravit telle montagne.

P – « Parce qu’elle est là. »

E- Signalons que celui qui le premier grimpa l’Everest Edmond Hillary ne portait pas la barbe… quand il a commencé son ascension!

J’ajouterais qu’aujourd’hui, en politique les moustaches et barbus sont rares du moins à l’extérieur des régimes religieux. Il y a eu Jack Layton. Il y a maintenant Mulcair.
Par contre tous portent la cravate ou la boucle qui ne sont à mes yeux que des barbes et des moustaches postiches.

Non, je ne sais pas pourquoi je porte du poil au visage, une moustache et des favoris. Sans doute pour joindre l’inutile au désagréable.

Pour clore : J’en appelle au proverbe.

P- Si la barbe est une indication de sagesse, toutes les chèvres sont des prophètes.


mercredi 30 octobre 2013


9
Humpty Duffy

P – Bonjour Éric. Comme à l’accoutumée vous nous proposez de faire un croque en jambe à l’actualité. Aujourd’hui, l’Halloween et l’affaire Mike Duffy

B – Je ne cacherai pas qu’il me faut un effort pour dissocier les deux.

Mais dégageons d’abord la question de l’Halloween. Cette fête qui à force de promouvoir les bonbons devrait être financée par les dentistes.

Depuis longtemps je recrute pour un parti impossible les gens qui comme moi déplorent le mois de novembre. Pour être plus précis, toute la saison comprise entre l’Action de Grâces, les couleurs de la récolte, les vendanges d’une part, et l’Avent où la neige fait table rase et blanchit. Je suis pour l’abolition du mois de novembre. Une semaine devrait suffire pour changer le filtre de la fournaise, ranger les sandales et les culottes courtes et mettre les pneus d’hiver.

Mais non. Les feuilles sont râclées, il ne reste plus des arbres qu’un rayon X, un squelette de l’été. Le mois de novembre est une ombre interminable qui s’allonge entre deux nuits.

Ma mère dit : « l’heure avance, la mort approche. »



P- Mais pour qui connaît ta mère, son dicton dit tout le contraire de son caractère.

E - Maman c’est l’irrépressible besoin d’extérioriser la vie.
La théâtralité incarnée. Décor : les mille espèces d’arbres et arbrisseaux qu’elle collectionne d’année en année se garnissent de toiles d’araignée, de fantômes, auxquels s,ajoutent les citrouilles naturelles ou artificielles et toute autre espèce de cucurbitacé, séché ou non, qu’on trouve dans les marchés.   

À l’Halloween la maison est aussi décorée qu’à Noël.

P -Et puis c’est la costumière : ces enfants, et maintenant ses petits-enfants et même arrière-petits enfants peuvent compter sur un approvisionnement renouvelé. Le plus souvent cousus à la main. Tous les pirates y trouvent leur trésor.

E - Son père pour pratiquer le théâtre se produisait dans un salon funéraire de l’Outaouais, je suppose entre deux expositions, quand l’habituelle clientèle se faisait plus rare. Et comme la pomme tombe souvent près de l’arbre il semble tout naturel que je me sois imprégné des arts de la scène au point d’en faire pour un temps un métier.

Maintenant que j’y pense. J’dois l’admettre, pour les troupes de théâtre, la disparition de novembre serait horrible. D’ailleurs je lisais hier, que dans les pays du midi l’Espagne, le Portugal, le Mexique aussi, il y a une tradition qui veut qu’on présente Don Juan à l’Halloween.  Le trousseur de jupon impénitent, celui par qui le scandale arrive qui rencontre son destin sous la forme d’une statue de commandeur militaire qui reprend vie. Ça fait plein de sens.

P- Parlant de celui par qui le scandale arrive, une réflexion sur cequi mobilise l’actualité, ces jours-ci l’affaire Duffy?

B- J’y arrive.  D’abord ce personnage de Mike Duffy, dont la physionomie rappelle Humpty Dumpty.



La  contine en anglais raconte :
"Humpty Dumpty sat on a wall.
Humpty Dumpty took a great fall.
All the kings soldiers and all the kings men
Couldn’t put Humpty together again."

De même Mike Duffy  a un siège à la chambre haute.
Et puis il tombe, déchu.
Tous les soldats et les hommes du roi Stephen (on pourrait dire les avocats) ne peuvent le restaurer.

Mais qu’est ce que cette chambre haute, le sénat que certains voudraient abolir comme Zombieland?

En anglais on dit : The Chamber of sober second thought –  
la chambre où l’on réfléchit à tête reposée.
Une chambre vénérable ou vétuste?

Si je suis bien, les régimes parlementaires britanniques ont imaginé le Sénat comme un moyen de tempérer les affaires quelquefois bouillantes du parlement.

Il est vrai, que ce peut être une bonne idée de désigner des sages, des personnages au-dessus de l’actualité politique brûlante. On élit un gouvernement pour quatre ans, mais il y a des choses qui demandent une supervision à plus long terme. Une sorte de gouvernement durable. Dans bien des aspects de la vie publique, quatre ans c’est du court terme. Les infrastructures, le droit, l’écologie, les sciences sont des choses qui évoluent plus lentement.

Il me semble que c’est dans cette perspective qu’on a déterminé qu’il fallait des représentants presque perpétuels comme les papes.

P - ou enfin, comme les papes avant Benoît XVI.

B- Voilà Et plutôt que de les faire élire, comme le préconisait monsieur Harper, dans son ancienne idée de réforme, on les désigne. Mais ça suppose que les gens qui désignent soient plus sages que les électeurs. Et plus sages que les élus. Or c’est les élus qui désignent les sénateurs.

Et petit à petit le Sénat s’est peuplé d’amis du parti selon qui se trouve au pouvoir.

C’Était le cas sous les libéraux. Et quand des sièges sont devenus vacants on les a remplacés par des conservateurs.

Stephen Harper en a nommé 11. Parmi lesquels se trouvent Patrick Brazeau, Pamela Wallin et …

P - Humpty Duffy.

E - Mais en quoi ces sénateurs se distinguent-ils? Leur train de vie est passé sous la loupe…

P -  Ça va de soi. On demande à la population de se serrer la ceinture. On attend de ces représentants qu’ils donnent l’exemple

 B – Qui plus est on se rend compte que madame Wallin et monsieur Duffy n’habitent que symboliquement les régions qu’on les fait représenter.

P - Force est d’admettre qu’il y a du laxisme, du mou dans les règles qui les régissent.

E – Et j’ajouterais qu’il y a une certaine duplicité dans le rôle de personnages supposés représenter une sorte d’indépendance du pouvoir.

Madame Wallin a un siège sur plusieurs conseils d’administration, Qui sait. Possiblement des lobbys?

Monsieur Duffy est réputé être un champion dans le financement politique. C’est à ce titre qu’on l’a sollicité dans de nombreuses campagnes électorales alors même qu’il est sénateur.

Maintenant, qu’en est-il vraiment? Il y a eu une enquête pour ainsi dire interne supervisée par une firme comptable

P - Il y a une enquête de la GRC toujours en cours.

E - Mais tout à coup les zombies plutôt qu’être lents, à peine animés comme le cinéma nous y avait habitué. Des cibles faciles.
Il semble y avoir urgence de tout régler. Des sénateurs proposent de tout régler vite fait en condamnant trois des leurs, suspendre leurs salaires.

On est plus proche des morts-vivants de wold war Z, le film avec Brad Pitt ou les morts suractifs se précipitent comme en manque de stupéfiants.

 Je dis gardons-nous de juger trop vite. Monsieur le premier ministre a mis bien des mois pour faire évoluer sa version des faits. Peut-être qu’avec un peu de temps on pourrait lui faire donner une version définitive?

Mark Twain disait : Le mensonge fait le tour de la terre pendant que la vérité ne fait que mettre ses souliers.

Pour faire Halloween, prenons le temps cette fois de bien déterrer la vérité.



vendredi 25 octobre 2013

8

De l'identité.
(où ai-je laissé mon portefeuille?)


-P  En cette semaine nationale de la citoyenneté nous recevons Éric Boulay. Comment allez-vous?

E- Un petit peu anxieux. Pendant un moment cette semaine j’ai égaré mon portefeuille. Je vous laisse imaginer mon désarroi.

-P Mais vous l’avez retrouvé.

-E. Voui. Mais il ne s’y trouve pas ce que je cherche.

-P On vous a pris votre argent, vos papiers

E- Non. De l’argent il n’y en a jamais. Non je cherchais une preuve de ma citoyennenté canadienne. Puis... c’est embêtant. J’ai rien trouvé.

Oui. Y a ma carte d’employé. Je suis radio-canadien. Y a une photo, et un numéro. On mentionne aussi mon affiliation syndicale.
On nous sensibilise intensément ces jours-ci sur les différents cancers roses et plus tard les cancers moustachus. Laissez-moi vous dire que pour se remettre d’une maladie, un syndicat ça aide en SVP.

Et le travail. C’est très important. La meilleure façon de causer une crise d’identité chez quelqu’un c’est de lui faire perdre son emploi, j’en suis sûr.

J’ai trouvé mon permis de conduire.

P- Fiou. Non mais c’est important. À défaut d’un passeport, c’est sans doute la meilleure preuve que tu es Canadien.

E- Mais surprise. Et déception. On mentionne ma date de naissance, la couleur de mes yeux, mon sexe, ma taille. Y a une photo. Je suis certain que c’est moi. Mais aucune indication de ma citoyenneté. Là où j’avais penser la trouver il est écrit : CUSTOMER NUMBER.



CONSTERNATION.

Aux yeux des agents qui veillent sur mes déplacements automobiles, mais aussi en avion, (on nous dit toujours d’avoir sur soi une pièce d’identité avec photo) je suis d’abord un CLIENT.

Vraiment. Et disons que je n’ai pas de permis de conduire, pcq supposons que je suis si riche que je me balade en limousine avec chauffeur? Bah. Peut-être que les millionaires n’ont pas besoin de citoyenneté.

Ou au contraire. Je perds mon emploi. Et je n’ai plus moyen d’être client?
Est-ce que je suis encore citoyen? Est-ce que je vais devoir montrer ma carte du club Price!

Doit bien y avoir autre chose dans c’te portefeuille. Carte d’assurance-maladie – soulagement. C’est merveilleux l’assurance-santé quand même. Le simple fait d’avoir une carte me fait l’effet d’un tranquilisant.

Mais c’est un soulagement provisoire. Parce qu’il n’y est nullement indiqué que je suis citoyen. J’ai plutôt un numéro de bénéficiaire.

Nouveau stress. Fouille, fouille, papier, papier.

Certificat de naissance.

P- Ahhhhh!


E- Ben voyez! Aux yeux du registraire général de la province du Nouveau-Brunswick, quelque chose s’est passé le 22 janvier 1961 qui a fait de moi Boulay, Joseph John François Eric à Fredericton, comté de York.

Je me rappelle il ya un an, pour me permettre de coacher les enfants au hockey on m’a demandé une vérification judiciaire.
Ben j’vous jure, je suis entré et en m’appelant Eric,
Mais parce que le secrétariat saskatchewanais lit de gauche à droite, je suis sorti du bureau je m’appelais Jos.

P-Voyons Eric. Ne dit-on pas qu’on est ce que l’on mange?

E- (…) Et ce serait donc la première fois que vous interviewez un bagel aux œufs et aux tomates.
Ç’aurait pu être pire.

P- Une poire

E- Un cornichon

P- Une dinde

E- Une dinde farcie aux poires

P- On glisse un peu

E- Oui. Et c’est précisément l’objet de mon propos.
Présumons pour l’instant que  le fait d'être client de l’Assureur automobile, bénéficaire des soins de santé et d’avoir été un jour un bébé certifié devenu employé syndiqué à la SRC.

Peut-être qu’un remettant tout ça dans mon bilan, je suis un citoyen invisible. Je peux aussi avoir à répondre à un recensement mais c’est devenu facultatif. Je peux avoir à payer des impôts à condition de ne pas être trop pauvre, ni trop riche.
Le Service canadien du Renseignement doit certainement le savoir si je suis citoyen. L’ennui c’est que c’est un service SECRET
Mais c’est quoi être citoyen canadien?

Ben c’est de partager certains devoirs ou responsabilités et aussi certains droits.




P- Par exemple le droit et le devoir de voter.

E- Oui. Et j’ajouterais, le droit et le devoir de protester. Parlons vrai. Une fois tous les quatre ans ma citoyenneté me donne droit de voter au national, me présenter dans un isoloir et là je vais accomplir une chose prodigieuse. Je vais choisir, un ou une députée, un premier ministre, un parti, une politique d’immigration, une politique économique, sociale, une politique étrangère, une politique écologique, une politique linguistique et tout ça avec UN SEUL X dans une seule case parmi la demi douzaine, des fois plus, des fois moins de candidats.

Et supposons que le député me convient, mais que son parti me pue au nez ou l’inverse?

Que j’adhére au programme d’un parti sauf pour l’économie?

Et si rendu au pouvoir les autorités changent d’idée?
C’est déjà arrivé que des politiciens rompent leur promesse.

D’où l’importance du droit de contester.

Mais ça les autorités n’apprécient pas beaucoup.
On sert du gâteau à la cérémonie du serment de citoyenneté et tout le monde est endimanché. Mais assemblez-vous dans la rue pour vous indigner et souvent le dessert est parfumé au gaz lacrymogène. Et la première chose qu’on vous demande?

P- Vos papiers.

E_ Et là c’est fâchant. Parce qu’on n’a rien sous la main pour prouver qu’on est citoyen. Et le fait de se faire apostropher par un agent, identifié ou non, fait de nous un dissident. Et de nos jours, c’est glissant. Une bouteille qui casse, une voiture qui prend feu et quelqu,un vous traite de terroriste.

Petit à petit, on est devenus des payeurs de taxes, des contribuables, des bénéficiaires et de temps à autre des électeurs
Mais citoyen?

Encore la semaine dernière, le gouvernement se félicitait d’une entente avec l’Europe. Mais l’Europe n’était plus un continent, une communauté de citoyens. Réécoutez les reportages, relisez les documents de presse. L’Europe est un… marché



Et j’ai bien peur que de nos jours notre citoyenneté soit aussi un marché.
Plus personne ne peut appeler aux barricades; 
Citoyens de tous les pays unissez-vous!
Peut-être que c’est rendu :
Clients de toutes les corporations, mettez vous en ligne.
Votre appel est important pour nous.

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Pour entendre cette capsule:

http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2013/CBKF/Pourfaireunmonde201310231633.asx

7

L'économie Hamlet

P- Nous recevons à l’instant notre chroniqueur Croche-pied, qui semble pour une fois à court d’haleine. 
Que se passe-t-il?

E- Je souffle, je maugrée et je gromelle.
Je m’exerce à l’auto-défense intellectuelle.
Et me présente à vous en plein entraînement.

P- L’actualité sans doute vous donne du fil à retordre.

E- Détordre plutôt. C’est l’actualité qui est tordue.



P- SVP détendez-vous

E- Je ne sais plus comment. J’ai appris hier que ma commission scolaire préférée
se devait de mettre des gens à pied.

J’endosse les propos du porte-parole qui déplore la perte de collègues, de gens côtoyés,
dans la plus belle entreprise qui soit,
l’œuvre d’éduquer.

Restrictions budgétaires!

 Mais ensuite il me perd.
Il ajoute : les étudiants ne seront pas affectés.
 Mais voyons. On ne peut pas soutenir une chose 
et son contraire.

Ces gens dont on se soustrait les services.
Ils étaient pas là pour mal faire.
Qu’on me dise franchement 
de quoi les enfants seront privés
ou par quel enchantement les travailleurs seront remplacés.

Sans doute veut-on nous dire qu’en l’absence de ceux dont on se départit,
c’est sur les épaules des autres
que la charge sera répartie.

Bravo! Nous aurons moins pour le même prix!

Non mais elle est magnifique notre province.
On nous dit tous les jours comme son économie performe bien.
Mais quand il s’agit d’investir en éducation
Manque de pot… Reste plus rien

 P- Peut-être serions nous mieux de quitter le sujet.
Parlons… sport, tiens… Ça vous détendrait.



E- Ça me surprendrait!
J’entendais hier de notre équipe de football, l’entraîneur.
Reprochait leur manque d'entrain aux joueurs
Et pour fouetter un peu, il leur rappelait comme ils étaient chanceux de pratiquer leur sport.

Chanceux qu’il dit. Parce que c’est à la loterie sans doute qu’ils doivent les ballots de muscle qu’on envoie s’écraser contre l’équipe adverse.

C’est la fée des étoiles certainement qui les a cultivés par magie et fait apparaître déjà entraînés, le numéro sur le dos.

Chanceux, parce qu’ils auraient pu tout aussi bien laisser tomber les sacrifices,
faire un autre choix de vie,
et ne pas avoir à s’écrabouiller
contre des joueurs ennemis.

 Chanceux qu’il dit, suivant un match ou l’un d’entre eux est resté inerte sur le gazon artificiel,
jusqu’à ce qu’on le mette sur un brancard.,
les yeux  tournés vers le ciel. 
Ouais chanceux
Écoute coach, que j’lui dis. Hey le futé
Pas trop dangereux de rester sur les lignes de côté.

P_ Je vous sens encore un brin comment-dire…. Passons à autre chose.

E- « Économie, économie, Doris.
Les viandes cuites pour les funérailles
Ont été servies froides
Au festin des noces »

P- Tiens oui. La saison de Nobel s’est terminée avec des prix en économie...

E- Ce sont les paroles que Shakespeare prête au personnage de Hamlet, tourmenté par la disparition de son père et troublé plus encore que sa mère soit si tôt remariée.

N’est ce pas là un paradoxe familier.
Telle industrie met 1 500 de ses employés à la porte.
Et hop, la bourse applaudit en faisant remonter sa cote.

Oui, la saison des Nobel s’est close avec l’attribution des prix à trois chercheurs américains.

Les deux premiers pour avoir prouvé que le marché des actions est rationnel, sur plusieurs années.

Le troisième pour avoir décelé la surenchère du marché immobilier et prévu le crash de 2008.

Conclusion. L’économie normale c’est la progression régulière et prévisible vers la prochaine catastrophe.

La vaste majorité des Prix Nobel d’économie sont attribués à des Américains, aussi nous ne serons pas surpris qu’encore hier à pareille heure ce soit aux États-Unis que se discutait l’opportunité ou non de précipiter le monde dans une nouvelle crise financière.





Relever ou ne pas relever le plafond de la dette!
Être ou ne pas être solvable
Là est la question.

P-                       Cher ami, c’est Hamlet que vous parodiez.

E-Oui mais je me soigne chez Molière
Son médecin imaginaire

Il me dit

« Les dettes aujourd'hui, quelque soin qu'on emploie
sont comme les enfants, que l'on conçoit en joie,
Et dont avec peine on fait l'accouchement.
L'argent dans une bourse entre agréablement ;
Mais le terme venu que nous devons le rendre,
C'est alors que les douleurs commencent à nous prendre. »

Et Hop, je retourne développer mes abdo neuronaux.
Dans un concert de kung fu critique

Je vous revois chère amie dans une semaine
D’ici là je me dois de casser encore quelques briques




6

Le Graal perdu

Doris :

C’est l’heure du croche-pied,
notre invité Eric Boulay s’invite pour administrer une jambette à l’actualité.

Notre sujet cette semaine :
« Les frais pour le hockey pee wee : première commotion de l’année »

Bonjour Eric.
Pour briser la glace vous nous proposez une petite mise en train.




Boulay :
Oui.  Souvent en début de saison les athlètes se mettent à trop bourdonner p’is snapper tout d’un coup
parce qu’ils ont pas fait assez d’exercices pour se réchauffer le préalable.

Et croyez-moi, des blessures au bas du corps j’en ai vu, C’est pas beau.
Et des déchirements de chroniques dans la laine ça fait mal.

Genou suggère donc de recommencer tranquillement par le jeu de base.
Vous me lancez une manchette.
Et puis je vous réponds avec un cliché du vestiaire.

Doris :
Entendu.
Allos-y avec une première manchette :

« Barack Obama et l’économie mondiale toujours compromis par le chantage des Républicains du Tea Party. »

-        B)Y en aura pas d’facile, le poque roule pas pour nous autres mais on va donner notre 150 %.

D
« Un prix Nobel de Patience remis à monsieur Higgs pour sa découverte du  boson en 1964 »

-        B) On garde notre positivisme. À m’ment donné le momentum va jouer pour nous autres.

D :
 Les travaux du parlement toujours prorogés

-        B) L’atmosphère a jamais été aussi bonne dans chambre

D
Mike Duffy peine à justifier ses dépenses

- Encore une belle passe des Sénateurs


D :
Et enfin :
Le Service canadien du renseignement secret surpris à fouiller dans les courriels du gouvernement brésilien

Adla adla adla, les Canadiens sont là

D : Passons donc au sujet du jour.
Les frais d’inscription du hockey, Première commotion de l’année.

B:
C’est un sujet de plus en plus discuté
 Les journaux publient des articles sur le sujet. Notre soi-disant sport national est-il encore abordable ?

800 $ pour une inscription de base pee-wee à Regina.
1200 $ avec les frais d'équipes!

D’abord je dispute le titre de sport national associé au hockey.

Je dirais plutôt passe-temps national. C’est l’activité qui remplit le plus les brasseries et vend le plus d’ailes de poulet. C’est le sport qui fait vendre le plus de bière, de gatorade et de mauvais café.

Oui, c’est le jeu auquel on associe les plus grands noms de notre histoire sportive, les Richard, Béliveau, Lafleur. Gretzky et Crosby.

Mais est ce que c’est vraiment le même jeu?



L’année où Paul Henderson a marqué son but mythique pour donner aux Canadiens la victoire dans la série du siècle, je pratiquais mon hockey… dans la rue, dans la cour d’école, facilement deux heures par jour, de la première chute des feuilles en octobre jusqu’à la fonte en avril. Il me fallait en tout, un bâton, une balle ou une rondelle et une poignée de copains.
Le vrai sport national c’était: jouer dehors.
Les deux buts les plus importants que j'ai comptés dans ma brève carrière au hockey organisé (les deux seuls peut-être) je les ai marqués sur une patinoire extérieure.


 Walter Gretzky, le papa le plus célèbre du hockey dit un jour à son épouse qu’il veut s’installer à Brantford où il a trouvé un terrain plat qu'il va arroser pour y voir patiner ses enfants.

C’est un conseil que j'ai moi-même suivi et c’est avec le CH tatoué au cœur que me suis gelé les fesses à  étendre de l'eau pour y faire pousser les jambes des enfants.



Et ça a marché. Les garçons sont robustes, débrouillards dans tous les aspects du jeu.. Un esprit sain dans un corps qui pousse plus vite que les patins.

Mais le rêve de jouer dans la ligue nationale, lui…
Point d’interrogation.

La mère d’un joueur à la veille du repêchage de la grande ligue disait avoir investi 100 000 $ pour que son fils attende un jour l’appel d’un recruteur.

Les parents de Patrick Kane ont investi disent-ils 
250 000 $, pour faire de leur fils le surdoué que l’on sait.


Et je me pose la question honnêtement.

Walter Gretzky aurait-il pu, avec son revenu de technicien chez Bell, accompagner son fils Wayne jusqu’au temple de la renommée?

D : C’est un constat dur. Ou est le rêve?
Et la Sainte Flanelle?

B: Le hockey du flambeau que nos bras meurtris tendent vers l’avenir était un sport de col bleu. Pratiqué sans casque, sans visière, avec un bâton de bois, des patins lourds hérités d’un grand frère et autant de protection que peut en offrir un chandail de laine, une tuque et des mitaines. Aujourd’hui on s’équipe pour se protéger des assureurs.

D : Et la coupe?

B: On aime dire que ça sent la coupe!
Mais qu'est-ce qu’elle sent la coupe?

C’est l’air de la voiture qui fait le parcours entre les arénas, le magasin de sport, l’air climatisé du vestiaire, et les vapeurs de zamboni,

Je suis en train de péter une bulle, j’suis conscient.
J’ai l'air d’un bonhomme 7 heures qui fait disparaître les rêves d'enfant.

Mais j’vais vous en proposer un rêve.
Si au lieu de faire prospérer la détaillant de café imbuvable, on apprenait à se servir des patinoires extérieures, aujourd'hui désertes, là où il en reste?

Si on veut une conquête;
cherchons  l’étang magique à l’orée d’un champ où on peut se fatiguer à compter des buts sans tenir le score, pour mériter notre chocolat chaud.
Faisons des recherches pour retrouver le fabuleux lac gelé entouré de bois ou d’une montagne mystique, le vrai berceau d’un sport qu’on a inventé mais qu’on ne trouve plus que dans la publicité.

Trouvons-les. Et peut-être qu’on retrouvera en même temps notre âme, le vrai feu de notre pays.

Sinon, ben coudon,.. on va continuer à travailler fort dans les coins.

Sur ce je vous annonce sollennellement que je ne suis pas encore dernier dans mon pool. Ça sent la coupe!